L'expérience de consultation du Yi-King faite par Carl Jung


Afin d’intéresser le lecteur non initié à la mise en action du Yi-king, Carl Jung effectue une expérience correspondant fidèlement à la conception chinoise. Il personnifia le Livre en lui demandant son jugement sur son intention de le présenter à l’esprit occidental.

Carl Jung déclencha la réaction du Livre en jetant en l’air trois petites piécettes et en les laissant retomber, rouler, s’immobiliser, côté pile ou côté face, comme en avait décidé le hasard.


N’importe laquelle des soixante-quatre réponses à sa question était possible et une autre réponse eût été également significative. Toutefois celle que Carl Jung reçue a été la première et la seule : nous ne savons rien des autres réponses possibles. Poser la même question une seconde fois eût été un manque de tact : " Le maître ne parle qu’une fois. " De plus, une répétition de l’expérience est impossible pour la simple raison que la situation originelle ne peut être rétablie. Et c’est pourquoi il n’y a dans chaque cas qu’une première et unique réponse.

La réponse obtenue a été l’hexagramme 50, Ting, le " Chaudron ". Le livre se décrivit ainsi comme un chaudron (Ting), un vase rituel contenant des aliments cuits. Les " influences spirituelles " ont mis en relief, à l’aide d’un neuf, les traits situés à la deuxième et à la troisième place. Le texte dit " Neuf à la deuxième place signifie : Dans le chaudron il y a des aliments. Mes compagnons sont envieux, mais ils ne peuvent rien contre moi. Fortune".

Ainsi le Yi King dit de lui-même : " Je contiens de la nourriture (spirituelle). " Le fait d’avoir part à quelque chose de grand excite l’envie et c’est pourquoi le cœur des envieux est inclus dans le tableau. Les envieux veulent dépouiller le Yi King des grands biens qu’il possède, c’est-à-dire le dépouiller de sa signification, détruire cette signification. Mais leur hostilité est vaine. Sa richesse de sens est assurée : il est convaincu de ses vertus positives que nul ne peut lui ôter.


Lorsqu’un trait d’un hexagramme donné correspond à un six ou à un neuf, cela veut dire qu’il est mis tout spécialement en relief et qu’il est donc particulièrement important pour l’interprétation. Dans l’hexagramme de Carl Jung, les " influences spirituelles " ont mis en relief, à l’aide d’un neuf, les traits situés à la deuxième et à la troisième place. Le texte dit " Neuf à la deuxième place signifie : Dans le chaudron il y a des aliments. Mes compagnons sont envieux, mais ils ne peuvent rien contre moi. Fortune".


Le texte poursuit : " Neuf à la troisième place signifie L’anse du chaudron est changée. On est entravé dans sa conduite. La graisse du faisan n’est pas mangée. Dès que la pluie se met à tomber le remords s’efface. A la fin vient la fortune. "


L’anse est la partie par laquelle le chaudron peut être saisi .Elle signifie donc le concept que l’on aura du Yi King (le ting). Dans le cours du temps cette idée semble avoir changé au point qu’aujourd’hui nous ne pouvons plus saisir le Yi King. Ainsi " on est entravé dans sa conduite ". Nous n’avons plus le soutien du sage conseil et du savoir profond et pénétrant de l’oracle ; c’est pourquoi nous ne trouvons plus notre chemin dans le labyrinthe du destin et les obscurités de notre propre nature. La graisse du faisan, c’est-à-dire la partie la meilleure et la plus riche d’un mets exquis, n’est plus mangée. Mais lorsqu’à la fin la terre reçoit à nouveau la pluie, c’est-à-dire lorsque cet état de disette a été surmonté, le remords, c’est-à-dire le chagrin causé par la perte de la sagesse, s’évanouit, et alors se présente l’occasion tant attendue.


La réponse donnée dans ces deux traits saillants à la question posée par Carl Jung ne requiert aucune subtilité spéciale d’interprétation, aucun sacrifice, aucune connaissance extraordinaire. N’importe qui, à condition d’être doté seulement d’un peu de bon sens, peut comprendre la signification de la réponse ; ce sont les propos de quelqu’un qui a une bonne opinion de lui-même, mais dont la valeur n’est reconnue ni d’une façon générale, ni même jusqu’à un certain point. Le sujet qui répond a de lui-même une notion intéressante : il se regarde comme un vase dans lequel des offrandes sacrificielles sont présentées aux dieux en aliments rituels destinés à les nourrir. Il voit en lui-même un ustensile cultuel servant à donner aux puissances ou éléments inconscients (les " influences spirituelles ") Projetés sous forme de divinités, en l’attention dont elles ont besoin pour jouer leur rôle dans la vie de l’individu. C’est là, en fait, la signification primitive du mot religio qui veut dire : " observer attentivement, prendre en considération un facteur numineux " (de religere) ".


Il n’y a rien d’étrange à ce que tout ce qui concerne le Ting, le " Chaudron ", amplifie les thèmes annoncés par les deux traits saillants. La première ligne de l’hexagramme dit : " Un chaudron aux pieds retournés. Avantageux pour ôter le résidu. On prend une concubine pour l’amour de son fils. Pas de blâme. "


Le deuxième et le troisième trait ont été examinés. Le quatrième trait déclare : " Les pieds du chaudron se brisent. Le repas du prince est répandu et sa personne est salie. Infortune. " Ici le chaudron a été mis en usage, mais, à l’évidence, d’une façon très maladroite, c’est-à-dire que l’on a abusé de l’oracle ou qu’on l’a mal interprété. Ainsi la nourriture divine est perdue et l’on encourt l’humiliation. Legge traduit : " Its subject will be made to blush for shame" (" son sujet sera conduit à rougir de honte "). Abuser d’un ustensile du culte tel que le chaudron (c’est-à-dire le Yi King) est une grande profanation. Le Yi King insiste évidemment ici sur sa dignité de vase rituel et proteste contre l’usage profane que l’on peut faire de lui.


Le cinquième trait dit : " Le chaudron a une anse jaune, des anneaux d’or. La persévérance est avantageuse. " Le Yi King a, semble-t-il, rencontré une compréhension nouvelle, correcte @aune, couleur du milieu), c’est-à-dire une nouvelle conception grâce à laquelle il peut être saisi. Cette conception est convenable (dorée). De fait, une nouvelle édition en anglais va rendre le livre plus accessible à l’Occident qu’il ne l’était auparavant.


Le sixième trait dit : " Le chaudron a des anneaux de jade. Grande fortune. Rien qui ne soit avantageux. " Le jade se distingue par sa beauté et la douceur de son éclat. Si les anneaux qui servent à porter le chaudron sont de jade, le vase tout entier se trouve rehaussé en dignité et en valeur. Ici la façon qu’a le Yi King de s’exprimer ne traduit pas seulement un grand contentement, mais aussi, en fait, beaucoup d’optimisme.


L’identité de celui qui parle ne dépend pas seulement de la manière dont la question est formulée, étant donné que nos relations avec notre prochain ne sont pas toujours déterminées par ce dernier. Très souvent nos relations dépendent presque exclusivement de notre attitude, bien que ce fait puisse demeurer totalement inaperçu de nous. C’est pourquoi si un individu est inconscient de son rôle dans une relation, le Yi King peut lui réserver une grande surprise : contrairement à son attente, il pourra apparaître lui-même comme l’agent principal, ainsi que le texte l’indique parfois sans méprise possible.


Il peut se faire aussi que nous prenions une situation trop à coeur et la considérions comme très importante, tandis que la réponse obtenue en consultant le Yi King attire l’attention sur un autre aspect inattendu qui était implicitement inclus dans la question


A ce stade, le Yi King ne prédit encore rien de l’effet qu’il exercera sur le public qu’il se propose d’atteindre. Comme il y a, dans l’hexagramme, deux traits soulignés par la valeur numérique 9, il n’est pas possible de découvrir quelle sorte de pronostic le Yi King formule à son propre sujet. Les traits désignés par un six ou un neuf sont dotés, suivant l’antique conception, d’une tension interne si grande qu’elle les fait se transformer dans leurs opposés, Yang en Yin et vice versa. Ce changement donne dans le cas présent l’hexagramme 35, Tsin le " Progrès ". Le sujet de cet hexagramme est quelqu’un qui traverse toutes sortes de vicissitudes dans son effort vers le haut, et le texte décrit la manière dont il doit se comporter. Le Yi King est dans la même situation : il se lève " comme le soleil " et " se manifeste ", mais " il est repoussé " et " ne rencontre pas de confiance ", il " progresse, mais dans la tristesse ". Pourtant " on reçoit un grand bonheur de son aïeule ". La psychologie peut nous aider à élucider ce passage obscur. Dans les rêves et les contes de fées, la grand-mère ou aïeule représente souvent l’inconscient parce que ce dernier, chez l’homme, contient la composante féminine de la psyché. Si le Yi King n’est pas accepté par le conscient, du moins l’inconscient le rencontre à mi-chemin, car le Yi King est relié de plus près à l’inconscient qu’à l’attitude rationnelle du conscient.


Puisque l’inconscient est souvent représenté dans les rêves par une figure féminine, cela peut constituer l’explication de notre sentence. La personne féminine peut être la traductrice Il qui a prodigué au livre ses soins maternels, et cela pourrait fort bien apparaître au Yi King comme un " grand bonheur ". Il prévoit une compréhension générale, mais craint un mauvais usage : " Progressant comme une marmotte. " Mais il se répète l’avertissement : " Ne prends pas le gain et la perte à coeur. " Il demeure libre de " préoccupations partisanes ". Il ne compte sur personne.


Ainsi le Yi King envisage calmement son avenir sur le marché américain et s’exprime à ce sujet comme le ferait n’importe quelle personne sensée en face de l’avenir d’un livre si sujet à controverse. La prédiction obtenue par le jet fortuit de pièces est si raisonnable et si remplie de sens commun qu’il serait difficile de songer à une réponse plus juste.




Résumé sommaire du Yi-King.
Structure mathématique du Yi-King.
Résumé de la préface de Carl Jung sur le Yi-King.
Préface complète de Carl Jung.


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1 commentaire:

OBYONETAOPY a dit…

Je pense que c'est interessant et qu'il est bon de sans cesse répeter que C G JUNG avait connaissance du YI KING et qu'il s'en servait......ce qui lui a permis d'ecrire des livres tres tres interessant, bien plus interessant que FREUD, même si ces deux là se complementent plus qu'ils ne se combattent....merci de ce site, sur le YI KING, j'espare que tu as visité tous mes liens sur le YI KING.......sur mon BLOG ci dessous.....

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